● Une seconde vie grâce au kintsugi 金継ぎ ●

Au Japon, il existe une tradition ancestrale de la céramique et un respect très spirituel apporté aux objets du quotidien. Aussi lorsqu’un objet se casse, la technique du kintsugi apporte une solution de restauration esthétique et efficace.
Inversement aux restaurations couramment utilisées dans nos sociétés occidentales où l’on cherche à effacer les fêlures, la  technique du kintsugi n’est pas illusionniste c’est-à-dire qu’elle ne cherche pas à les rendre invisibles mais au contraire à les laisser apparentes. Une valeur ajoutée à l’objet. Economique certes mais surtout esthétique et émotionnelle.

Tout d’abord apprenons un peu de japonais. « kin » signifie « or » et « tsugi » signifie « jointure ». En japonais 金継ぎ. La technique est une combinaison de laque naturelle, « urushi » en japonais, et de poudre d’or.
Vous aurez la prononciation japonaise exacte dans la vidéo ajouté en fin d’article.
Si l’or est le plus demandé, il existe aussi une restauration à l’argent « gin » ce qui donne le gin-tsugi, à l’étain  » tin » ce qui donne le tin-tsugi, uniquement à la laque naturelle ce qui donne l’urushi-tsugi. Le mot « kin-tsukuroi » est aussi utilisé et il signifie « réparation en or ».

Myriam Greff, diplômée en master de restauration et conservation du patrimoine, s’est spécialisée dans le kintsugi et elle tient aujourd’hui le seul atelier de kintsugi en France (à Montluçon (03)) maîtrisant parfaitement cette technique. Si son atelier intervient principalement sur les céramiques et le verre, il peut également intervenir sur d’autres supports comme le marbre, la pierre, le métal, l’ivoire, les plaques émaillées…
De part sa formation, elle est habilitée à travailler avec les musées et les antiquaires. Quelques unes de ses œuvres se sont déjà vendues au Japon, ce qui est une belle reconnaissance et la garantie de son travail exceptionnel.

« Je travaille le plus souvent sur des antiquités, j’ai donc un devoir de respect de l’œuvre tout en mettant en valeur son passé grâce au Kintsugi. Je travaille toujours avec une grande rigueur car la laque n’est pas réversible contrairement aux produits chimiques… La moindre erreur peut donc être fatale pour l’esthétique de l’œuvre. Nous sommes des gardiens du temps qui devons nous effacer derrière le créateur premier de l’objet tout en y imprimant une certaine touche artistique dans le cas de la restauration par le Kintsugi.
Avant de procéder à une restauration, je fais un constat d’état, une sorte d’état des lieux et d’enquêtes sur la vie de l’objet.
Je m’attache à l’observer sous tous les angles pour déterminer ses fragilités, les urgences de restaurations à traiter… L‘aspect esthétique que crée le Kintsugi n’intervient qu’après un traitement de nettoyage et de stabilisation de l’œuvre ».

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Ce travail peut prendre plusieurs semaines selon l’état de la pièce qui lui ait confiée.
Myriam travaille à partir de laque, un produit naturel qui garantie une restauration solide, et qui est utilisée dans la restauration de pièces à usage alimentaire. Sa manipulation est très délicate et se travaille en couche fine, couche après couche. N’étant pas réversible comme le mentionne Myriam, elle requiert des gestes sûrs et précis. Pour une belle restauration, l’application de l’or 22 carats, parsemé sur la laque, doit donner un aspect « métal coulé ».
Au-delà de la technicité de la restauration, la responsabilité vis-à-vis de l’histoire et de l’authenticité de l’objet, l’attachement émotionnel du client à son objet, la valeur esthétique et économique également, est très importante. C’est pourquoi la maîtrise du kintsugi est un véritable savoir-faire qui nécessite plusieurs années d’apprentissage.

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Je ne compte plus le nombre de tasses, assiettes, verres et petites poteries que ma main maladroite a réduit en mille pièces sur le rebord d’un évier ou sur le carrelage, la scène vue au ralenti par une vision d’horreur. Je tremble à chaque fois que j’utilise la Sacrée tasse de thé… J’aime l’idée que si ma tasse en édition limitée se brise par ma faute, je puisse lui donner une seconde vie.
Apprendre de ces blessures. Les laisser visibles pour les regarder fièrement. Les rendre belles. Utiliser l’objet à nouveau…

Merci à Myriam pour sa gentillesse et le partage de son magnifique travail (Photos Atelier kintsugi).

Il existe plusieurs kits sur Internet imitant la technique du kintsugi pour s’initier grossièrement à la technique mais qui reste de l’ordre du loisirs créatifs. Les produits chimiques contenus dans ces résines sont souvent toxiques et déconseillés lors d’un usage alimentaire.


Atelier Kintsugi, de Myriam Greff : http://www.kintsugi.fr/atelierkintsugi

Vidéo du Pitt River Museum (à Oxford) dans laquelle les artistes laqueurs japonais Muneaki Shimode and Takahiko Sato (Kyoto) s’expriment sur le sujet.
Ecoutez bien à 1:17 min, vous aurez la prononciation japonaise correcte du mot kintsugi…


 

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